
Dans quelle mesure la CNIL a-t-elle constaté une augmentation des cas de cyber-harcèlement des personnels de l’éducation ?
Les formes de cyber-harcèlement varient. Ce type de harcèlement a surtout lieu sur les réseaux sociaux et sur les blogs où l’anonymat et l’absence de contrôle d’identité permettent aux « harceleurs » d’agir en toute discrétion. Par exemple, en cas de mécontentement lors d’une mauvaise note, un phénomène de déchaînement de violence et d’insultes peut se développer sur ces sites qui deviennent alors de véritables défouloirs. Par un effet d’émulation collective, les élèves font de ce professeur une tête de turc et se liguent contre lui par réseau social interposé.
La CNIL recense en moyenne 30 à 50 plaintes formelles contre le cyber-harcèlement chaque mois. La permanence juridique de la CNIL reçoit par ailleurs beaucoup d’appels d’enseignants qui cherchent à faire enlever des informations, sans toutefois formaliser la plainte. Ils ont alors besoin de conseils de la part de la CNIL. Le développement du cyber-harcèlement des enseignants doit être mis en relation avec la croissance des réseaux sociaux, et notamment de Facebook, en France. Ce réseau compte aujourd’hui 20 millions de comptes en France, contre 15 millions en 2010.
En quoi la CNIL peut-elle les aider en cas de « cyberbullying » constaté ?
La CNIL met plusieurs outils à disposition des enseignants. Nous leur proposons tout d’abord des lettres-types pour les aider à demander le retrait d’un contenu. Si ce type de lettre n’est pas efficace, une plainte auprès de la CNIL peut être déposée. Nous prenons le relais et si la faute est d’ordre pénal, nous orientons les personnes concernées vers un dépôt de plainte auprès du Procureur de la République.
La CNIL entretient des relations quotidiennes et rapides avec les principaux réseaux sociaux. Grâce à cette relation étroite, nous pouvons réussir à faire retirer un propos sur les réseaux sociaux. Le retrait est plus compliqué si le propos est diffusé sur un blog, et notamment si l’hébergeur du blog est à l’étranger.
Suite à la journée européenne de la protection des données, vous avez lancé un espace réservé aux enseignants sur le site jeunes.cnil.fr. En quoi consiste-t-il ?
La CNIL s’est aperçue que les enseignants font face à des élèves de plus en plus experts dans l’usage d’Internet. Les élèves sont eux-mêmes parfois victimes de leurs usages : avec la multiplication des blogs et des réseaux sociaux, nous assistons aujourd’hui à une explosion du nombre d’informations personnelles accessibles en ligne sans limitation de durée. La notion d’intimité est brouillée par celle de non-culpabilité. La vie privée est un capital en voie de disparition qu’il faut préserver !
Quels sont les outils mis à disposition sur cet espace ?
Sur le portail jeunes.cnil.fr lancé en janvier 2011, nous avons pris le parti de développer des outils d’information et de prévention dédiés aux enseignants et aux élèves. Les enseignants peuvent retrouver des fiches pratiques pour animer des ateliers ou proposer des idées de débats ou d’exposés. Les thématiques traitées sont : « Créer un blog ou un site web », « Surfer en toute sécurité », « Téléphone mobile, géolocalisation et publicité ciblée », « Le cyber-harcèlement », « Le teen-marketing »… Un guide « informatique et libertés » est destiné aux chefs d’établissement. Il rappelle les règles à respecter lors de la création de fichiers ou de dispositifs de surveillance tels que la biométrie dans les cantines scolaires ou la vidéosurveillance. La version interactive de l’édition spéciale « enseignant » de l’ACTU, le journal des 14-18 ans, sur le thème de la protection de la vie privée sur Internet est également disponible. Ce numéro spécial permet aux enseignants et aux autres professionnels de l’enseignement d’engager un dialogue avec les élèves sur les différents risques à identifier et les bons comportements à adopter sur Internet pour une utilisation en toute sécurité. Il les aide à explorer différentes thématiques, traitées de façon journalistique, en lien avec la protection de la vie privée sur Internet : les usages d’Internet chez les jeunes, la protection des données en ligne, le droit à l’image, etc.
En parallèle, une affiche a été envoyée à tous les établissements donne dix conseils pour rester net sur le web. Ces outils vont être enrichis en fonction des nouveaux usages d’Internet, avec la géolocalisation par exemple. Toutes ces opérations représentent un budget de 700 000 euros, soit la plus grosse opération de pédagogie et d’information lancée par la CNIL.
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